Jeunes actifs en arrêt maladie : ce que leur souffrance au travail dit de leur entrée dans la vie professionnelle
Ils sont jeunes. Diplômés. Souvent investis, consciencieux, intelligents, volontaires.
Ils ont appris à travailler sérieusement, à faire de leur mieux, à répondre aux attentes, à tenir bon.
Et pourtant, certains d’entre eux s’arrêtent.
Pas par désengagement.
Pas par manque d’envie.
Pas parce qu’ils seraient “moins solides” que les générations précédentes.
Mais parce qu’à un moment, quelque chose cède.
J’ai récemment été interviewée par un journaliste de la chaîne 19, dans le cadre de l’émission On a de l’info, autour des arrêts maladie des jeunes et des difficultés professionnelles qu’ils rencontrent. Ce sujet fait profondément écho à ce que j’observe dans ma pratique de psychologue du travail et de consultante en transition professionnelle.
Car derrière les chiffres, il y a des parcours.
Derrière les arrêts, il y a des histoires.
Et derrière la fatigue, il y a souvent une tentative prolongée de tenir dans un monde professionnel pour lequel beaucoup n’ont pas réellement été préparés.
Des chiffres qui alertent, mais qu’il faut savoir lire
Les études récentes montrent que les jeunes actifs de moins de 30 ans sont davantage concernés par les arrêts maladie que l’ensemble des salariés, avec une progression notable des arrêts liés aux troubles psychologiques.
Mais il est important de nuancer : statistiquement, les arrêts des jeunes sont souvent courts.
Or les jeunes qui viennent me consulter ne correspondent pas toujours à cette moyenne. Ceux que je reçois sont plus souvent dans des situations de souffrance installée, d’épuisement, de désorganisation intérieure, voire d’arrêts plus longs. Ils arrivent après avoir essayé de tenir, de s’adapter, de compenser, parfois longtemps.
Autrement dit : ils ne représentent pas tous les jeunes actifs.
Ils incarnent une partie plus silencieuse, plus vulnérable, plus profonde du problème.
Ce que je retrouve souvent chez les jeunes que j’accompagne
Les jeunes adultes qui me consultent pendant un arrêt maladie ou à la suite d’une souffrance au travail ont souvent en commun un point essentiel : ce ne sont pas des profils “désinvoltes”, au contraire !
Ce sont fréquemment des jeunes qui se sont beaucoup construits autour de la réussite, du sérieux, du sens du devoir, du besoin de bien faire. Beaucoup ont longtemps été ce qu’on appelle de “bons élèves”. Ils ont appris à réussir, à faire leurs preuves, à ne pas trop déranger, à s’adapter aux attentes.
Mais entrer dans l’entreprise ne consiste pas seulement à appliquer ce qui a fonctionné à l’école.
Aujourd’hui, le monde professionnel attend non seulement des compétences, mais aussi une forte capacité à naviguer dans l’incertitude : comprendre vite, s’adapter vite, se positionner, gérer des implicites, absorber de la pression, être autonome sans être isolé, performant sans avoir toujours appris, à ce stade, comment l’être de manière soutenable.
C’est là que certains se fragilisent.
Quand le schéma du “bon élève” devient un facteur de risque
L’un des points que je retrouve souvent dans ces accompagnements, c’est la difficulté à sortir du schéma du bon élève.
Ce schéma pousse à :
- – vouloir bien faire tout de suite,
- – ne pas oser montrer ses limites,
- – vivre l’erreur comme un échec personnel,
- – se comparer en permanence,
- – chercher à rassurer par la performance,
- – croire qu’il faut mériter sa place sans relâche.
Dans l’entreprise, cela peut conduire à un surinvestissement massif, souvent discret.
Le jeune salarié compense. Il travaille beaucoup. Il s’ajuste en permanence. Il fournit des efforts invisibles. Il essaie de comprendre les codes, de ne pas ralentir le collectif, de ne pas décevoir, et pendant ce temps, il s’épuise.
Car un bon élève ne devient pas automatiquement un collaborateur serein, non pas parce qu’il manquerait de valeur mais parce que l’entreprise n’évalue pas seulement les connaissances ou le sérieux. Elle attend aussi de l’aisance dans l’ambiguïté, de la capacité relationnelle, du discernement, du positionnement, de l’agilité, parfois même un rapport à soi plus souple que celui construit dans un parcours de réussite scolaire.
Des profils parfois neuroatypiques, longtemps compensés
Parmi les jeunes que je reçois, certains ont été diagnostiqués TDA, TDAH, trouble bipolaire, parfois trouble du spectre de l’autisme. D’autres sont en cours de diagnostic, ou découvrent tardivement un fonctionnement qui éclaire enfin leur parcours.
Je reste prudente : il ne s’agit pas de généraliser, ni de faire de ces diagnostics une explication unique.
Mais il arrive fréquemment que ces jeunes aient compensé pendant des années. Le cadre scolaire, même exigeant, leur permettait parfois de s’appuyer sur leurs capacités intellectuelles, leur sens du devoir, leur intensité, leur hyperfocalisation, leur désir de réussite. Le passage à l’entreprise révèle alors autre chose : la difficulté à gérer les codes implicites, la surcharge, le bruit relationnel, le rythme, les contradictions, l’injonction à la performance immédiate, ou encore la solitude décisionnelle.
Ce n’est pas toujours le travail qui crée la fragilité, mais le travail peut être le lieu où elle devient impossible à masquer.
Le grand bain, sans tuteur, sans repères, sans droit à l’apprentissage
Un autre point revient régulièrement dans les récits que j’entends : celui d’une entrée dans l’entreprise vécue comme un plongeon brutal.
Beaucoup de jeunes sont recrutés, puis rapidement attendus comme s’ils étaient déjà confirmés. Présentés à des clients comme des experts. Mis en situation de produire vite. Intégrés dans des environnements exigeants, parfois sans tutorat réel, sans mentor, sans espace d’ajustement suffisant.
Ils découvrent alors une réalité difficile : on attend d’eux une forme de maturité professionnelle qu’ils n’ont pas encore eu le temps de construire.
Comment demander de l’aide sans craindre d’être jugé ?
Comment reconnaître qu’on ne sait pas encore ?
Comment apprendre quand tout pousse à faire semblant de déjà maîtriser ?
Comment tenir quand on est seul face à des exigences élevées ?
Ces questions sont centrales. Elles ne concernent pas seulement les jeunes les plus fragiles. Elles disent quelque chose de plus large sur nos modes d’intégration dans le travail.
Chez Mouv’Up Conseils : un accompagnement pour retrouver des repères
Dans ces situations, un bilan de compétences classique n’est pas toujours suffisant.
Bien sûr, il peut être très utile pour faire le point, identifier ses compétences, clarifier des pistes, comprendre ce qui fait sens, ou repérer des environnements professionnels plus compatibles.
Mais, pour certains jeunes, il faut aller plus loin.
Chez Mouv’Up Conseils, je propose aussi un accompagnement plus sur mesure, à la frontière entre :
- – le bilan de compétences,
- – le coaching d’orientation,
- – la psychologie du travail,
- – et une lecture plus fine des mécanismes psychiques à l’œuvre dans le rapport au travail.
L’objectif n’est pas de “remettre rapidement en selle” coûte que coûte.
L’objectif est de permettre à la personne de comprendre ce qu’elle vit, de retrouver des repères, de mieux cerner son mode de fonctionnement et de reconstruire une manière plus ajustée d’habiter sa place dans le monde professionnel.
Ce que nous travaillons concrètement
Dans ces accompagnements, nous travaillons notamment sur :
- – la compréhension de son fonctionnement personnel, cognitif et émotionnel ;
- – le repérage des sources de surcharge et des facteurs d’épuisement ;
- – la distinction entre engagement, sur-engagement et sur adaptation ;
- – le rapport à la performance, à l’erreur, à la reconnaissance et à la légitimité ;
- – les besoins réels en matière de cadre, de management, de rythme et d’environnement ;
- – les conditions professionnelles dans lesquelles la personne peut mieux se déployer ;
- – la capacité à demander de l’aide, à poser des limites et à ne plus confondre valeur personnelle et performance immédiate.
Il s’agit aussi, très souvent, d’aider ces jeunes à faire un pas de côté : ne plus chercher seulement à “tenir”, mais à comprendre comment travailler sans se perdre.
Apprendre à naviguer dans l’entreprise
Au fond, ce que ces jeunes viennent chercher, ce n’est pas uniquement une réponse à la question : “Quel métier faire ?”
Ils viennent souvent avec une autre question, plus profonde :
Comment trouver ma place dans un monde du travail dont je ne maîtrise pas les codes ? :
- – Comment mieux s’adapter sans s’écraser ?
- – Comment lâcher prise sur l’idée qu’il faudrait être performant tout de suite ?
– Comment sortir d’un fonctionnement où l’on cherche constamment à être irréprochable ? - – Comment faire la différence entre exigence saine et violence intérieure ?
- – Comment identifier les environnements dans lesquels on pourra grandir au lieu de s’épuiser ?
Ce travail est essentiel parce qu’il permet non seulement de penser l’orientation, mais aussi de construire une forme de sécurité intérieure face à l’entreprise.
Accompagner les débuts de carrière autrement
Les jeunes actifs que j’accompagne ne manquent pas forcément de motivation, souvent, ils en ont même trop.
Ce qu’ils n’ont pas toujours reçu, en revanche, ce sont des repères, des clés de lecture, un espace pour penser leur mode de fonctionnement, un accompagnement suffisamment fin pour leur permettre de ne pas se juger trop vite, et de ne pas réduire leur difficulté à une faiblesse personnelle.
Accompagner ces jeunes, c’est les aider à se comprendre, à se réaligner, à identifier des environnements plus compatibles, et à construire une vie professionnelle plus soutenable.
C’est aussi leur permettre de sortir d’une illusion très coûteuse : celle selon laquelle il faudrait être immédiatement à la hauteur de tout, tout le temps.
Or commencer sa carrière, ce devrait être aussi avoir le droit d’apprendre.
Conclusion
Parler des arrêts maladie des jeunes, ce n’est pas alimenter un discours alarmiste.
C’est regarder avec sérieux ce que certaines trajectoires viennent nous dire du travail aujourd’hui.
Il ne s’agit pas de généraliser, il s’agit de mieux comprendre !
Comprendre pourquoi certains jeunes, pourtant brillants, engagés et volontaires, s’effondrent.
Comprendre ce que révèlent leurs arrêts.
Comprendre pourquoi le sujet n’est pas seulement médical, mais aussi professionnel, identitaire, organisationnel et humain.
Et surtout, comprendre qu’il est possible de les accompagner autrement.
