« Quand l’amitié s’invite au travail : levier de bien-être… ou bombe à retardement ?
Dans l’entretien accordé au Progrès, je soulignais qu’une relation amicale peut être “le meilleur comme le pire” en entreprise : un puissant moteur de motivation, mais aussi un facteur de souffrance quand les frontières se brouillent. Cette ambivalence mérite d’être explorée, d’autant que les recherches récentes confirment toute l’importance – et la fragilité – de ces liens.

1- Les atouts méconnus de l’amitié professionnelle
– Plus d’engagement et de performance. Les salarié·e·s qui déclarent avoir un·e “Meilleur·e ami·e au travail” sont nettement plus engagé·e·s, innovant·e·s et productif·ve·s, selon les dernières analyses Gallup (Gallup.com)[1].
– Santé mentale et rétention renforcées. 81 % des professionnelles interrogé·e·s par KPMG estiment que leurs ami·e·s au travail sont essentiels à leur bien-être mental ; 78 % disent qu’ils·elles améliorent leur satisfaction globale (KPMG)[2].
– Un antidote à la distance. Dans les équipes hybrides ou dispersées, l’ami·e de travail agit comme point d’ancrage social et facilite la circulation d’informations informelles mais cruciales – un facteur clé depuis la pandémie (Gallup.com).
« Quand l’entente se nourrit de valeurs communes et d’une coopération quotidienne, elle galvanise l’énergie collective. »
— Extrait de mon interview, Le Progrès
[1] https://www.gallup.com/workplace/397058/increasing-importance-best-friend-work.aspx
[2] https://kpmg.com/us/en/media/news/kpmg-survey-workplace-friendships.html?utm_source=chatgpt.com
2- Les pièges qui guettent
Signes avant-coureurs | Risques sous-jacents |
Conflits d’intérêts, favoritisme implicite | Perte de crédibilité, soupçons d’iniquité |
Rôle confus “amie / manager” | Décisions biaisées, pression émotionnelle |
Rumeurs ou cliques fermées | Exclusion du reste de l’équipe |
Rupture de l’amitié | Sentiment de trahison, démotivation, départs |
Des études académiques pointent ce “double tranchant” : la même amitié qui renforce la cohésion peut aussi diviser, voire épuiser les ressources psychiques quand elle tourne court (TIME)[1].
[1] https://time.com/7012277/how-to-set-boundaries-work-friends/
3- Mettre des garde-fous : bonnes pratiques
Pour chacun·e d’entre nous
- – Clarifier ses attentes. Êtes-vous collègues complices ou véritables ami·e·s ? Le dire permet d’éviter les non-dits.
- – Poser des limites saines. Différencier les canaux (messagerie pro vs. textos perso) et préciser “Je parle en tant que collègue / en tant qu’amie” quand la situation l’exige.
- – Préserver l’équité. Partager l’information, encourager la participation de tous·tes afin d’éviter que la dyade devienne un micro-clan.
Pour les managers & RH
- – Cultiver la transparence. Décisions, promotions, feedbacks : expliciter les critères pour couper court aux soupçons de favoritisme.
- – Former aux “soft-skills relationnels”. Empathie, écoute active, gestion des conflits : un socle indispensable pour encadrer les amitiés sans les brider.
- – Créer des rituels collectifs. Déjeuners tournants, mentorat croisé, projets inter-équipes : autant d’occasions de tisser un réseau amical plus large et plus inclusif.
4- Et si l’amitié devient toxique ?
Dans ma pratique clinique, je rencontre régulièrement des salarié·e·s dévasté·e·s par une amitié professionnelle rompue : perte de confiance, chute de l’estime de soi, anxiété à l’idée de revenir au bureau.
« L’illusion d’une relation “à l’abri” des enjeux de pouvoir peut s’effondrer brutalement dès qu’un·e ami·e change de poste ou de loyauté. » — Interview, Le Progrès
Quand les signaux d’alerte (isolement, stress chronique, harcèlement larvé) apparaissent, il est crucial de solliciter un soutien : médiation RH, supervision managériale, ou accompagnement psychologique afin de rétablir des repères clairs.
5- Conclusion : viser une “amitié lucide”
Plutôt que de diaboliser ou d’idéaliser ces liens, il s’agit d’adopter une amitié lucide : chaleureuse, mais consciente des cadres professionnels. En tant que psychologue du travail, j’encourage les organisations à reconnaître à la fois la puissance et la vulnérabilité de l’amitié ; à la canaliser par une culture de confiance, d’équité et de dialogue ouvert.
Envie d’aller plus loin ?
Que vous soyez dirigeante, manager ou collaboratrice, je vous accompagne pour :
- – diagnostiquer la dynamique relationnelle de votre équipe,
- – construire des espaces de coopération sécures,
- – prévenir le risque psychosocial lié aux relations ambiguës.
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