« Quand l’amitié s’invite au travail : levier de bien-être… ou bombe à retardement ?

par | Juil 17, 2025

Dans l’entretien accordé au Progrès, je soulignais qu’une relation amicale peut être “le meilleur comme le pire” en entreprise : un puissant moteur de motivation, mais aussi un facteur de souffrance quand les frontières se brouillent. Cette ambivalence mérite d’être explorée, d’autant que les recherches récentes confirment toute l’importance – et la fragilité – de ces liens.

amitie au travail

1-  Les atouts méconnus de l’amitié professionnelle

–  Plus d’engagement et de performance. Les salarié·e·s qui déclarent avoir un·e “Meilleur·e ami·e au travail” sont nettement plus engagé·e·s, innovant·e·s et productif·ve·s, selon les dernières analyses Gallup (Gallup.com)[1].

 – Santé mentale et rétention renforcées. 81 % des professionnelles interrogé·e·s par KPMG estiment que leurs ami·e·s au travail sont essentiels à leur bien-être mental ; 78 % disent qu’ils·elles améliorent leur satisfaction globale (KPMG)[2].

 – Un antidote à la distance. Dans les équipes hybrides ou dispersées, l’ami·e de travail agit comme point d’ancrage social et facilite la circulation d’informations informelles mais cruciales – un facteur clé depuis la pandémie (Gallup.com).

« Quand l’entente se nourrit de valeurs communes et d’une coopération quotidienne, elle galvanise l’énergie collective. »
Extrait de mon interview, Le Progrès

 

[1] https://www.gallup.com/workplace/397058/increasing-importance-best-friend-work.aspx

[2] https://kpmg.com/us/en/media/news/kpmg-survey-workplace-friendships.html?utm_source=chatgpt.com

 

2- Les pièges qui guettent

Si le lien amical se superpose mal à la hiérarchie, aux objectifs ou aux enjeux politiques, il peut vite se transformer en souffrance :

Signes avant-coureurs Risques sous-jacents
Conflits d’intérêts, favoritisme implicite Perte de crédibilité, soupçons d’iniquité
Rôle confus “amie / manager” Décisions biaisées, pression émotionnelle
Rumeurs ou cliques fermées Exclusion du reste de l’équipe
Rupture de l’amitié Sentiment de trahison, démotivation, départs

Des études académiques pointent ce “double tranchant” : la même amitié qui renforce la cohésion peut aussi diviser, voire épuiser les ressources psychiques quand elle tourne court (TIME)[1].

[1] https://time.com/7012277/how-to-set-boundaries-work-friends/

3- Mettre des garde-fous : bonnes pratiques

Pour chacun·e d’entre nous

  • – Clarifier ses attentes. Êtes-vous collègues complices ou véritables ami·e·s ? Le dire permet d’éviter les non-dits.
  • – Poser des limites saines. Différencier les canaux (messagerie pro vs. textos perso) et préciser “Je parle en tant que collègue / en tant qu’amie” quand la situation l’exige.
  • – Préserver l’équité. Partager l’information, encourager la participation de tous·tes afin d’éviter que la dyade devienne un micro-clan.

Pour les managers & RH

  • – Cultiver la transparence. Décisions, promotions, feedbacks : expliciter les critères pour couper court aux soupçons de favoritisme.
  • – Former aux “soft-skills relationnels”. Empathie, écoute active, gestion des conflits : un socle indispensable pour encadrer les amitiés sans les brider.
  •  – Créer des rituels collectifs. Déjeuners tournants, mentorat croisé, projets inter-équipes : autant d’occasions de tisser un réseau amical plus large et plus inclusif.

4- Et si l’amitié devient toxique ?

Dans ma pratique clinique, je rencontre régulièrement des salarié·e·s dévasté·e·s par une amitié professionnelle rompue : perte de confiance, chute de l’estime de soi, anxiété à l’idée de revenir au bureau.

« L’illusion d’une relation “à l’abri” des enjeux de pouvoir peut s’effondrer brutalement dès qu’un·e ami·e change de poste ou de loyauté. »Interview, Le Progrès

Quand les signaux d’alerte (isolement, stress chronique, harcèlement larvé) apparaissent, il est crucial de solliciter un soutien : médiation RH, supervision managériale, ou accompagnement psychologique afin de rétablir des repères clairs.

5- Conclusion : viser une “amitié lucide”

Plutôt que de diaboliser ou d’idéaliser ces liens, il s’agit d’adopter une amitié lucide : chaleureuse, mais consciente des cadres professionnels. En tant que psychologue du travail, j’encourage les organisations à reconnaître à la fois la puissance et la vulnérabilité de l’amitié ; à la canaliser par une culture de confiance, d’équité et de dialogue ouvert.

Envie d’aller plus loin ?

Que vous soyez dirigeante, manager ou collaboratrice, je vous accompagne pour :

  • – diagnostiquer la dynamique relationnelle de votre équipe,
  • – construire des espaces de coopération sécures,
  • – prévenir le risque psychosocial lié aux relations ambiguës.

Contactez-moi pour échanger.